Versailles, au Siècle des Lumières

la salle du conseil sous louis XV a versaillesL’humble pavillon de chasse de Louis XIII est devenu, sous l’impulsion de Louis XIV, Versailles le plus beau palais d’Europe.

À sa mort, l’ombre du Roi-Soleil laisse place au siècle des Lumières. Le nouveau roi de France, Louis XV, dit « le Bien-Aimé » va continuer l’œuvre de son bisaïeul tout en marquant le château de Versailles de propre personnalité. Si du temps de Louis XIV le palais était avant tout un lieu de représentation publique, Louis XV va s’attacher à lui donner un côté plus privé.

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Le règne de Louis XIV avait été long. 72 ans, 3 mois et 17 jours.

L’un après l’autre, il a vu tous ses descendants mourir avant lui, et à sa mort ce n’est pas son fils, ni même son petit-fils, mais c’est son arrière-petit-fils qui est amené à lui succéder.

Louis XV n’a que cinq ans quand il monte sur le trône, et comme c’est de coutume, un régent doit prendre en mains les affaires du royaume jusqu’à ce que le roi-enfant soit en âge de gouverner.

Louis XIV avait pris ses dispositions et désigné un fils bâtard légitimé, le duc du Maine, mais c’est finalement son neveu, Philippe, duc d’Orléans, qui assume la régence grâce à un pacte avec le Parlement de Paris. Il entre officiellement en fonctions le 2 septembre 1715.

Une des premières décisions qu’il prend – encore une fois contre la volonté de feu Louis XIV – est de ramener la Cour et le Roi à Paris. Ce n’est pas qu’il n’aime pas Versailles, mais il pense, à juste titre, que le jeune roi doit se rapprocher de son peuple. Les périodes de régence sont toujours propices aux troubles.

La royauté se déplace d’abord à Vincennes pour une courte période, puis s’installe au palais des Tuileries. La stratégie du duc d’Orléans s’avère payante : les parisiens se prennent d’affection pour le jeune roi.

Mais le régent doit faire face à d’autres problèmes : endettement de l’État, affaiblissement du pouvoir monarchique, conflits intérieurs et internationaux… Il réorganise l’appareil d’État, renforce le pouvoir des parlements, met en place d’audacieuses mesures d’ordre économique, renverse les alliances politiques en se rapprochant de l’Angleterre et en faisant la guerre à l’Espagne. Ces choix politiques ont un résultat mitigé et, s’il parvient à rééquilibrer les finances de l’État, il se met à dos nombre de ses concitoyens.

Versailles redevient le centre du royaume

En 1722, pour échapper à l’animosité du peuple parisien et lassé des critiques du Parlement, Monseigneur le Régent, comme on l’appelle, prend la décision de retourner à Versailles. Le jeune Louis XV, qui a maintenant douze ans, est ravi : il s’ennuyait ferme aux Tuileries. C’est avec une joie non dissimulée qu’il retrouve les lieux qui l’ont vu naître.

Sept années d’inoccupation ont entraîné des dommages importants, malgré les efforts de l’intendant Louis Blouin pour le maintenir en état, aussi dès sa majorité, un an plus tard, Louis XV assigne des fonds importants pour les réparations.

Comme son bisaïeul, Louis XV aime la chasse, mais il est surtout passionné par l’architecture, d’où son intérêt pour Versailles.

Contrairement à lui, il n’a aucun goût pour la politique et les affaires de l’État lui pèsent. D’un tempérament blasé et affligé d’une timidité quasi maladive, ce n’est que rarement qu’il voit ses ministres, et le manque de détermination de ses décisions désoriente souvent son cabinet.

Le véritable pouvoir, il le confie à l’ancien régent, le Duc d’Orléans, puis à ses précepteurs en qui il a totalement confiance, comme le cardinal de Fleury. Le Premier ministre permet au royaume de renouer avec la prospérité et la paix, malgré une agitation sociale persistante, et laisse au roi la possibilité de concentrer son attention sur son épouse, la reine Marie Leszcynska qui lui donne un héritier en 1729, et sur ses « plaisirs ».

Louis XV fait aménager le second étage, au-dessus des appartements royaux pour son usage personnel et privé, et entreprend de mener à leur terme plusieurs projets initiés par son arrière-grand-père et suspendus pendant l’absence de la Cour, comme le salon d’Hercule et l’Opéra Royal.

Le salon d’Hercule

Avec le salon d’Hercule se termine l’aménagement des Grands Appartements du Roi, décidé par Louis XIV de son vivant. Au premier étage, reliant l’aile Nord au corps central, c’est le salon le plus vaste du château.

La décoration est confiée à l’architecte Robert de Cotte, élève et successeur de Jules Hardouin-Mansart. Elle commence en 1712 et termine en 1736.

Le salon doit son nom à son plafond, décoré d’une fresque monumentale de François Lemoyne, « l’Apothéose d’Hercule ». L’œuvre a requis trois ans de travail et comporte 142 personnages. Elle est si admirée lors de son inauguration qu’elle vaut à son auteur la distinction de Premier Peintre du Roi et le surnom de « nouveau Le Brun », en référence à Charles Le Brun, peintre et décorateur de Versailles sous Louis XIV.

On trouve dans le salon d’Hercule deux peintures à l’huile de Véronèse qui datent du XVIe siècle : « Rebecca et Éliézer » qui trône au-dessus de la cheminée en marbre ornée de sculptures de bronze, et « Le Repas chez Simon le pharisien », une immense toile de 9,74 m sur 4,54 m qui lui fait face.

L’Opéra Royal

Louis XIV en son temps avait envisagé de bâtir un opéra dans l’aile Nord du château quand il la fit construire, mais les problèmes financiers avaient constamment différé le projet.

Il allait falloir encore attendre une vingtaine d’années durant le règne de Louis XV avant de voir à Versailles une salle d’opéra digne de sa grandeur, et se contenter de la petite salle de théâtre aménagée sous le Passage des Princes.

Durant tout ce temps, le Premier Architecte du Roi, Ange-Jacques Gabriel, propose différents projets qui sont tous rejetés par le monarque. Ce n’est qu’en 1768, avec la perspective du mariage prochain de plusieurs de ses petits-enfants, que Louis XV donne enfin l’ordre de commencer les travaux.

Après vingt-trois mois de labeur intensif, l’Opéra Royal est inauguré à l’occasion du mariage du dauphin, futur Louis XVI, avec Marie-Antoinette d’Autriche, le 16 mai 1770.

La conception de la salle est remarquablement novatrice : la forme en ovale tronqué, la disposition des balcons en retrait les uns par rapport aux autres font qu’il n’existe aucun angle mort. L’acoustique y est excellente de par l’utilisation exclusive du bois pour sa construction.

La décoration est également fort soignée. Que ce soient les miroirs qui tapissent le mur du fond, le décor en faux marbre ou les plafonds aux coloris délicats peints par Durameau, tout concourt à donner à l’édifice un caractère léger et raffiné.

La scène, de dimensions exceptionnelles (13,5m de largeur, 23m de profondeur, 36m de hauteur) permet la représentation d’œuvres à grand spectacle exigeant de nombreux figurants, et peut être transformée en moins de vingt-quatre heures en une immense salle de bal grâce à un ingénieux système.

Il ne faut pas moins de 3 000 bougies pour illuminer l’opéra et les coûts d’utilisation font qu’il ne sera finalement que peu utilisé.

Un roi « Bien-Aimé » devenu impopulaire

Pendant une bonne partie de son règne, le roi jouit d’une grande popularité auprès de ses sujets, au point d’avoir été surnommé « le Bien-Aimé ».

Mais au fil des années, son prestige finit par s’étioler. La guerre de Succession d’Autriche dans laquelle Louis XV a engagé la France et qui se termine en défaite, laisse un goût amer. Le peuple nourrit un ressentiment profond envers ce roi faible et indécis. Suivra la Guerre de Sept Ans, tout aussi désastreuse, et qui verra l’influence de la France considérablement diminuer sur le plan international avec la perte de la plupart de ses colonies en Amérique et en Asie.

L’attentat de Damiens

L’animosité est si vive auprès des français, que Louis XV est victime d’une tentative d’assassinat le 5 janvier 1757. Un domestique du nom de Robert François Damiens, influençable et exalté, se précipite sur le roi alors qu’il monte dans son carrosse pour se rendre au Trianon. Il le frappe au flanc avec une lame de huit centimètres avant d’être maîtrisé par la Garde Royale. La blessure est heureusement superficielle, mais le déséquilibré est emprisonné et torturé. Convaincu de crime de lèse-majesté, il est condamné à mourir dans d’effroyables souffrances.

Cet épisode tragique marque profondément le roi qui prend conscience de son impopularité et décide de changer d’attitude. Ce qu’il ne fera que pendant un temps.

Outre son incompétence à gouverner, on lui reproche son train de vie fastueux, uniquement destiné à ses propres plaisirs et sans la moindre considération pour les privations qu’endure son peuple, ses dépravations, et surtout, surtout, sa liaison scandaleuse avec une roturière.

Madame de Pompadour

Elle s’appelle Jeanne-Antoinette d’Étiolles, née Poisson, issue d’une famille de la haute bourgeoisie parisienne.

Sa beauté et son esprit la font remarquer par le roi au cours d’un bal masqué donné à Versailles dans la Galerie des Glaces, resté célèbre sous le nom du bal des Ifs.

Il s’est lassé depuis longtemps de la reine qu’il a aimé pourtant sincèrement et découvre en cette jeune courtisane une maîtresse passionnée, une confidente discrète et une conseillère avisée. Elle obtient rapidement la séparation d’avec son mari et le roi l’installe à Versailles, dans un appartement au-dessus du sien et par lequel il accède par un escalier secret.

L’aristocratie voit d’un très mauvais œil l’influence de cette favorite qui n’est pas de sang noble et manifeste sa réprobation. Louis XV attribue à Madame d’Étiolles le domaine de Pompadour et la transforme du coup en marquise, mais aux yeux de la noblesse et des milieux dévots, elle reste une parvenue. Ils font courir sur elle les plus abjectes rumeurs, qui finissent par avoir un impact sur le peuple et alimentent encore son ressentiment.

Le Petit Trianon

Malgré toutes ces pressions, Louis XV ne peut se résoudre à se séparer de sa favorite. Elle sait distraire ce roi blasé et parfois neurasthénique, mais elle a surtout une influence indéniable auprès de sa Majesté dans le domaine des Arts et dans la propagation des idées nouvelles soutenues par les philosophes. Elle participe ainsi d’une certaine façon à l’évolution des mentalités de son époque, connue sous le terme du « Siècle des Lumières » et qui porte déjà en elle le germe de la Révolution.

Si elle peine à convertir le roi à ses vues avant-gardistes, ils se retrouvent en revanche en plein accord quand il s’agit d’architecture. C’est sans peine qu’elle le convainc de faire construire dans le parc de Versailles un petit château d’un genre nouveau : le Petit Trianon là où il a déjà fait établir une ménagerie d’animaux « ordinaires » – en opposition à la ménagerie exotique de Louis XIV –, un potager où l’on cultive des espèces rares, et un jardin botanique expérimental.

L’édifice de plan carré, dont la conception est confiée à Ange-Jacques Gabriel, est fait de lignes simples et épurées. Le luxe étincelant du palais de Versailles laisse la place à la simplicité raffinée d’un style architectural naissant appelé néoclassicisme en référence au modèle antique dont il s’inspire.

Le roi aime le côté intime du Petit Trianon, il le destine à Madame de Pompadour qui, avec le temps, est passée du statut d’amante à celui d’amie. Malheureusement elle meurt le 15 avril 1764, avant d’avoir vu l’achèvement du chef d’œuvre.

Finalement Louis XV inaugure le Petit Trianon en 1768, en compagnie de sa nouvelle favorite, la comtesse du Barry.

Mais c’est ici même, au Petit Trianon, et en sa compagnie, qu’apparaissent le 26 avril 1774 les premiers symptômes de mal qui va emporter le roi : la petite vérole.

Louis XV décède quelques jours plus tard, le 10 mai, le corps horriblement mutilé par la maladie et honni par tout un peuple.

Il laisse un royaume de France en crise à son petit-fils qui s’est marié quatre ans auparavant avec Marie-Antoinette, « l’Autrichienne ». Il prend le nom de Louis XVI.

Les Grands Appartements reçoivent un nouveau couple royal. Il en sera délogé quinze ans plus tard par la vindicte populaire.

À suivre…

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