Versailles avant Versailles… Pavillon de chasse et château de coeur.

versailles pavillon de chasseÀ l’origine, au lieu dit Val-de-Galie, à quelques lieues au Sud-Ouest de Paris, il n’y avait qu’un moulin à vent, planté en haut d’une colline entourée de marécages et de forêts giboyeuses…

Comment le pauvre meunier qui travaillait là aurait-il pu s’imaginer que les mêmes terres qu’il foulait de ses sabots de bois seraient parcourues par les escarpins des plus grands monarques du Grand Siècle et du Siècle des Lumières, et plus tard piétinées tous les ans par plus de quatre millions de paires de chaussures de sport et de sandales portées par des touristes venus des cinq continents ? La naissance du château de Versailles

Louis XIII, un roi sans pouvoirs, initiateur du château de Versailles.

Tout commence en 1622, quand le jeune roi Louis XIII rachète au Cardinal de Gondi une parcelle de la forêt de Versailles pour ses chasses privées. L’endroit lui rappelle les jours heureux quand, enfant, il accompagnait son père dans ses parties de chasse.

Son père, c’était Henri IV. Malgré une certaine rudesse, il le chérissait et l’admirait plus que tout ; il trouvait auprès de lui l’affection que sa mère, Marie de Médicis, se refusait à lui donner.

La mort brutale de son père, assassiné en 1610 alors qu’il n’a que huit ans, laisse le dauphin Louis désemparé et à la tête d’un royaume instable, déchiré par des révoltes sociales, nobiliaires et religieuses. Jusqu’à sa majorité – fixée à l’époque à douze ans –, c’est sa mère qui assure la régence du royaume.

Louis XIII voit, impuissant, Marie de Médicis initier une politique pro-italienne en faisant venir à la Cour son favori, le florentin Concino Concini qui le méprise. Brimé, le jeune roi devient taciturne et se renferme sur lui-même.

Quand il accède à la majorité, Louis est victime d’une nouvelle humiliation. Marie de Médicis le déclare « trop faible de corps et d’esprit » pour occuper le trône et conserve le pouvoir.

La rancœur qu’il éprouve envers sa mère ne fait qu’augmenter quand, en dépit des volontés de feu Henri IV, elle le marie à l’infante d’Espagne, Anne d’Autriche dans un souci de rapprochement avec les Habsbourg qui dominent le reste de l’Europe.

C’est le cœur rempli d’amertume qu’il se libère enfin de la tutelle de sa mère par un surprenant coup de force. Alors qu’on le croyait faible et soumis, il est l’instigateur en 1617 de l’assassinat de Concino Concini et force Marie de Médicis à l’exil. Il a seize ans et accède enfin au pouvoir.

Les relations avec sa mère continuent d’être houleuses. Depuis son exil elle conspire et va même jusqu’à lever une armée contre lui. Profondément croyant, il décide pourtant de se réconcilier avec elle et accepte son retour à la Cour. Peut-être aussi pour mieux la surveiller…

Dans cette ambiance délétère, on comprend que le Roi éprouve régulièrement le besoin de s’isoler de la Cour.

Versailles, un modeste pavillon de chasse.

C’est dans cet esprit qu’en 1624 il rachète de nouvelles parcelles autour de son domaine de chasse favori à Versailles et décide de faire construire un pavillon de chasse sur un promontoire, à l’emplacement où se trouve un moulin à vent et la maison du meunier.

Le dessin du bâtiment est l’œuvre du roi lui-même, tandis que sa réalisation est confiée à Nicolas Huault, maître-maçon.

L’édifice de briques et de pierres, aux toits d’ardoise noire, est constitué d’un simple corps de logis sur trois niveaux, complété par deux ailes en retour, de même longueur et légèrement plus basses que la bâtisse principale. La cour formée par les trois bâtiments est fermée par un mur percé d’une porte cochère.

Posé sur son promontoire et ceinturé de fossés, le pavillon de chasse de Louis XIII rappelle les constructions du Moyen-Âge et lui procure sans doute un sentiment de sécurité.

Le « chestif chasteau » comme il a été surnommé, n’a dans l’esprit du souverain qu’une vocation utilitaire. Il lui sert de retraite spirituelle et ce n’est que très rarement qu’il y accepte son épouse, Anne d’Autriche, ou sa mère, Marie de Médicis. D’ailleurs elles n’y dormiront jamais : le pavillon de chasse ne comporte pas d’appartement pour les femmes.

Le Roi y a ses appartements, constitués d’une petite galerie décorée d’un tableau représentant le siège de La Rochelle, et de quatre pièces aux murs couverts de tapisseries.

La Journée des Dupes, au pavillon de Versailles.

Le modeste pavillon de chasse de Versailles va être le témoin d’un des événements marquants du règne de Louis XIII. Un événement que l’Histoire s’est rappelé sous le nom de « la Journée des Dupes ».

Marie de Médicis, suite à sa réhabilitation à la Cour de France, réussit à imposer auprès du Roi un de ses partisans, ancien ministre du temps de Concini et architecte de la pseudo-réconciliation entre la mère et le fils : Armand Jean du Plessis, cardinal de Richelieu.

Mauvais calcul. Une fois au service du Roi, le cardinal se rend compte qu’ils partagent la même conception de la France. Il lui propose une politique visant à contrer l’hégémonie de la maison des Habsbourg, ce qui déplaît fortement à Marie de Médicis – rappelons qu’elle est italienne par son père et que sa mère était archiduchesse d’Autriche. Elle décide de l’évincer.

Le samedi 9 novembre 1630, dans son palais du Luxembourg, la Reine Mère prend à part le cardinal et lui annonce sa destitution après un Conseil Restreint explosif. Outre Louis XIII, le Conseil réunissait Marie de Médicis, le garde des sceaux Michel de Marillac (acquis à la cause de la Reine Mère) et le cardinal.

Le lendemain, lors d’une réunion organisée par le Roi visant à réconcilier les deux protagonistes, Marie de Médicis, toujours furieuse, adresse un ultimatum à son fils. Elle le somme de choisir entre elle et Richelieu. Sans répondre, le Roi quitte le palais.

À l’issue de ce départ, tout le monde pense que Marie de Médicis a remporté la victoire. De Marcillac se voit déjà nommé Premier Ministre à la place de Richelieu, ce dernier se prépare à sa déchéance.

Au cardinal, il reste une ultime carte à jouer. Il décide d’aller trouver le Roi là où il est s’est retiré pour lui parler. Ils se rencontrent le jour même en son pavillon de chasse de Versailles.

On ne sait rien de leur conversation, sinon qu’à la suite de cet entretien le Roi a fait son choix. Il déclare « Je suis plus attaché à mon État qu’à ma mère », réhabilite le cardinal, ordonne l’arrestation de Michel de Marcillac et envoie sa mère, stupéfaite par tant de détermination, en exil à Compiègne.

Tous les participants au complot sont poursuivis et emprisonnés. La Reine Mère s’échappe un peu plus tard de Compiègne et gagne les Pays-Bas espagnols. La mère et le fils ne se reverront jamais.

Cet épisode rocambolesque permet à Louis XIII d’assoir son autorité en éliminant d’un coup tous ses opposants et scelle son amitié avec le Cardinal de Richelieu. Ensemble ils vont restaurer la grandeur de la France.

Rachat du Domaine de Versailles, château de coeur…

Au milieu des complots en tous genres, dont les membres de sa propre famille sont souvent les instigateurs, Louis XIII peut compter sur le soutien indéfectible du cardinal de Richelieu. Mais dès qu’il le peut, le roi ne perd pas une occasion pour se réfugier dans son pavillon de chasse préféré.

Il aime tant son « chestif chasteau » qu’il décide en 1632 de racheter l’intégralité du domaine de Versailles à l’archevêque de Paris et de faire effectuer des travaux d’agrandissement.

La tâche est confiée à l’architecte Philibert Le Roy. Le bâtiment, dans le style classique en vogue à l’époque de Louis XIII, commence maintenant à ressembler vraiment à un château.

Il reçoit à cette occasion ses premiers jardins, conçus par le jardinier Jacques Boyceau et son neveu, Jacques de Nemours dans le style « à la française » qui commence à s’imposer et qui trouvera son apogée avec André Le Nôtre, justement au même endroit.

Le style de jardin « à la française » se caractérise par sa symétrie parfaite, sa grande superficie, sa structure en terrasses, l’utilisation de jeux d’eau et d’illusions d’optique qui jouent sur les perspectives, l’emploi de formes géométriques et d’arabesques.

Dans ses dernières années Louis XIII prévoit de se retirer à Versailles pour laisser le pouvoir à son fils, le dauphin Louis-Dieudonné – futur Louis XIV – dès sa majorité.

La maladie va l’emporter en 1643 à 41 ans avant qu’il ait pu réaliser son souhait.

Son fils n’a pas encore cinq ans, il n’est pas en âge de gouverner, aussi c’est sa mère, Anne d’Autriche qui assure la régence. L’Histoire semble se répéter.

Elle n’a aucun intérêt pour Versailles et son architecture désuète, et encore moins pour la chasse. Le palais va cesser d’être une résidence royale pendant presque dix-huit ans.

À suivre…

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